Et surgiront les graines de rêves...

Les runners attendirent la journée durant. Les préparatifs du rituel battaient leur plein. En attendant, les sentinelles étaient aux aguets et des esprits patrouillaient les abords du terreiro.

Alors que la nuit s'abattait sur la clairière, le bruit sourd des tambours commença à résonner. La chaleur devint moite, tandis que la canopée semblait s'étendre petit à petit dans les espaces tantôt vides. La jungle semblait vivante, des lianes s'avançant vers les grands arbres, des racines émergeant du sol et des plantes émergeant du vide comme si elles avaient toujours été là. Une alchera était en train de prendre forme juste devant eux.

Profitant du couvert, les mercenaires s’avancèrent jusqu'au cercle des gamaleira. Ils localisèrent rapidement celui qu'ils devaient détruire. Une partie du groupe s'attela à placer des explosifs pendant que l'autre escaladait un arbre voisin à la recherche d'une jeune pousse. Une fois tout en place et l'objet de leur convoitise récupéré, ils se mirent en route avant d'appuyer sur le détonateur.

Ils ne s'attendaient cependant pas à ce qui allait suivre.

Alors que l'arbre explosait, ce fut comme si la jungle elle-même hurlait de rage. Les créatures des bois, ainsi que des esprits, se mirent à les poursuivre. Ils eurent bien du mal à les semer et ne s'en sortir qu'en évitant la lutte frontale. Heureusement, le bateau utilisé à l'arrivée, bien que gardé, put être récupéré. La fuite par le fleuve se révéla plus facile et rapide, surtout qu'ils avaient pu saboter les autres embarcations.

De retour à Caracas cependant, ils s'aperçurent que les problèmes ne faisaient que s'empirer. La ville était tombée aux mains des forces jointes d'Aztechnology et de quelques représentants d'Interpol. Néanmoins, la situation ne laissait que peu de doute sur qui commandait réellement. De plus, cette rupture du pacte entre les 2 super puissances sud-américaines allait fort probablement déclencher une nouvelle guerre.

Les runners retrouvèrent Riveros. Cette dernière, la jeune pousse d'arbre à tempo en main, contacta Diego Ramos, l'un des principaux actionnaires d'Aztechnology, mais aussi le chef du Cartel de David. Elle négocia sa sortie, faisant alliance avec le diable en personne. Les runners se virent offrir argent ou travail, avec leur lot de remerciements. Ils savaient cependant tous que leur arrêt de mort était signé, tôt ou tard. On ne gagne jamais lors d'un pacte avec les démons.

Même Riveros n'était probablement pas vraiment gagnante... Alors qu'elle montait dans la limousine de Ramos, ce n'était pas avec la démarche sérieuse d'une femme d'affaire, mais avec la détermination inébranlable de Yaje, l'esprit-tempos devenu libre...

Au coeur de la jungle

Une fois prêts à partir, nos runners s'enfoncèrent dans les étendues sauvages de cette partie de la planète. Ils savaient qu'ils entraient dans l'une des terres les plus dangereuses du monde, la jungle ayant repris littéralement vie depuis l'Eveil. Ils n'avaient pas choisi le chemin le plus facile. Pour des raisons de confiance et de sécurité, ils ne désiraient pas faire appel aux contrebandiers et à leurs engins volants.

Pourtant, pour rejoindre Santa Isabella do Rio Negro, la voie des airs aurait certainement été la plus rapide, à condition de ne pas rencontrer de patrouille du DISA. Les gardiens de l'Amazonie n'étaient pas réputés pour être des tendres.

Jungle amazonienne
Ils arrivèrent à destination après 2 semaines de marche à travers la forêt et de canotage sur le Rio Negro. Rejoindre la rivière n'avait pas été facile, mais la chance avait quelque peu joué en leur faveur.

La deuxième nuit, durant le tour de garde de Libellule, ils durent affronter des chasseurs Hualpa et un esprit Jaguar qui les accompagnait. Les indiens étaient particulièrement discrets dans ce grand océan de verdure dans lequel ils avaient appris à se cacher. Libellule put malgré tout donner l'alerte avant de tomber inconscient, touché par une fléchette empoisonnée. S'il n'avait pu crier, l'embuscade aurait sans doute été motelle.

Plus loin, ils faillirent tomber en plein milieu d'un combat entre trois esprits fourmis et un anaconda géant. Mettant hors de combat l'une des formes de chair fourmi, ils profitèrent du chaos général pour se glisser à l'écart, contournant largement la zone pour ensuite continuer leur route.

Mais ce qui était le plus dur, ce n'était pas d'affronter les périls de la jungle, mais surtout de supporter chaleur, humidité et moustiques. Leur arrivée à Santa Isabella fut donc un soulagement. Même s'il ne s'agissait que de quelques bâtisses en bois, habitées par des autochtones, ce petit coin "civilisé" leur permit de souffler et de refaire leurs provisions. Il leur restait encore quelques jours de marche pour arriver à destination.

Judicieusement, Baek recruta un guide. Avoir la compagnie et l'aide de quelqu'un qui connaissait la région serait probablement primordial. Ils apprirent l'existence d'un culte au dieu Tempo dans la zone vers laquelle il se dirigeait. Manifestement la boussole de bois remise par Riveros pointait directement vers leur terreiro.

Trois jours plus tard, ils arrivèrent en bordure d'une clairière. Leur guide les avait abandonné un peu avant, refusant d'entrer dans le territoire du sang et de la violence. Au milieu de l'espace dégagé se dressait un bosquet d'arbres immenses. D'une trentaine de mètres de hauteur, la base aussi large qu'un bus, les gameleira torcida trônaient majestueusement au centre du terreiro. Tout autour s'afféraient une trentaine de personnes, aidés par des esprits et quelques anacondas géants.

Manifestement, l'on se préparait à célébrer un rituel en l'honneur de Tempo...

Et les choses s'emballent...

Règler le cas de Maria Lianos ne fut pas très compliqué. Après s'être assuré que rien de flagrant ne venait mettre en doute sa loyauté, Riveros proposa aux runners de l'engager comme fixer pour mettre un contrat sur sa propre tête. Sa réaction devrait prouver sa véritable allégeance.

Obtenir un rendez-vous fut un jeu d'enfant pour les mercenaires aguerris qu'ils étaient. S'y rendre et jouer au Johnson également. Ils avaient eu nombre d'exemples dans leur longue carrière et les sources d'inspiration ne leur manquaient pas. Maria accepta le contrat, tout comme ils s'y attendaient. Néanmoins, ils ne durent pas attendre longtemps avant d'obtenir les félicitations de leur patronne. La fixer avait vendu la mèche à sa cible, preuve s'il en est qu'elle n'était pas disposée à mettre sa tête en jeu.

Les runners reçurent alors un nouveau nom à rechercher : Rita Tuero, la propre cousine de Salázar, était quelque part en ville. Abonnée absente depuis quelques jours, Riveros s'en inquiétait, par peur que le jefe ne la considère comme l'auteur de ce rapt. Déjà qu'elle n'était plus dans ses petits papiers !

Ils découvrirent rapidement que la fille avait été enlevée par le gang Bolivar 49 et livrée dans un bodyshop de Tamanous dans les tours sombres de la Riconada. Prenant leur courage à deux mains, et surtout leurs flingues, ils s'en allèrent "interroger" la goule qui tenait la boutique en tant que doc des rues. Il était cependant bien trop tard, Rita ayant été laissée aux mains de son vrai ravisseur : un homme musclé et violent. Ils ne purent que ramasser ce qui restait de son cadavre pour le ramener à leur patronne.

Cette dernière fut très contrariée de ne pas récupérer en vie la cousine du chef du Cartel d'Olaya. Afin d'éviter un trop grand courroux, elle n'avait plus d'autre choix : il lui fallait jouer l'une de ses dernières cartes, la nouvelle formule du tempo. Elle envoya alors son équipe escorter le retour du corps de Rita, mais surtout son nouvel échantillon expérimental.

Partis pour Bogotá, nos amis étaient plutôt tendus. Ils allaient sciemment se jeter dans la gueule du loup. Le chef du Cartel, Salázar, avait toutes les raisons de penser que Riveros tentait de jouer cavalier seul. La réunion des cartels de Los Angeles avait été grillée par les Aztlanais, sa cousine était morte dans la ville dont Riveros était responsable... Il fallait espérer que le contenu de la valise attachée au poignet d'Alpha suffirait à calmer les ardeurs revanchardes du jefe.

Sur place, les runners sentirent bien qu'ils n'étaient pas le bienvenu. La politesse froide des domestiques de leur hôte et la longue attente avant d'obtenir la moindre entrevue étaient révélatrices de la colère du chef du cartel. La négociation allait être difficile, mais ils avaient une chance : on ne les avait pas tué immédiatement. Cela signifiait qu'on désirait au moins entendre leurs explications.

Au deuxième jour de leur présence sur place, ils reçurent enfin l'entrevue qu'ils attendaient tant. Dans le jardin principal, sur l'étang, se dressait un kiosque. En dessous, le jefe, son oncle Uribe, deux femmes et quelques gardes attendaient. Salázar, tout en nourrissant ses crocodiles, écouta les explications des runners. Mais, alors qu'il s'apprêtait à vérifier la qualité du contenu de la valise, des tirs automatiques et des explosions se firent entendre venant de la propriété. Brutalement, en moins de quelques secondes, la situation se transforma totalement. L'entretien diplomatique calme et bucolique devint une zone de guerre noyée dans la fumée et zébrée par les traits de balles traçantes.

La suite fut quelque peu chaotique. Salázar réussit à s'enfuir, grâce au sacrifice de son oncle, mais il partit en se jurant d'avoir la peau de cette traîtresse de Riveros et de ses sbires. Les runners se jetèrent dans les plantations entourant la maison. Par miracle, ils trouvèrent des jeeps d'entretien, laissées à l'abandon par les ouvriers, et purent s'enfuir avant les bombardements au napalm... Les attaquants étaient des militaires. Les uniformes des officiers portaient la marque d'Aztechnology...

En sortant de la propriété, ils s'aperçurent rapidement que toute la ville était en cours de "nettoyage". Des régiments militaires envahissaient les rues alors que les locaux sortaient leurs armes et s'organisaient autour des défenses du cartel. Tout cela ressemblait plus à une guerre qu'à une descente de flics. Heureusement, les compétences des pilotes ne déméritèrent pas. Retournant rapidement à l'avion de Riveros, ils purent s'échapper de la zone avant que les pistes ne soient définitivement rendues hors d'usage.

De retour à Caracas, ils retrouvèrent Riveros alors qu'elle visitait l'un de ses complexes de laboratoire. Alors même qu'ils entamaient leur débriefing, l'installation fut attaquée. Des explosions et des tirs automatiques se firent à nouveau entendre alors qu'ils se pensaient tous en sécurité. Ils durent se tracer dans le sang un chemin vers la sortie. Les assaillants étaient menés par un homme qu'ils avaient déjà rencontré et qu'ils craignaient : Tenoch, le guerrier Jaguar. Leur expérience leur permit cependant de prendre le dessus et de vaincre leur ennemi. Ils purent arriver jusqu'au parking souterrain, dans lequel se trouvait leur billet de sortie : les voitures blindées de Riveros.

D'autres attaquants arrivaient de l'extérieur cependant. Ceux-ci n'étaient pas des militaires, mais ressemblaient plus à des soldats du cartel. Salázar devait avoir donné ses ordres afin d'assouvir son désir de vengeance. Personne n'aurait cependant pu prédire le déchaînement de violence de Riveros... et de Raziel. Emmenés par une folie sanguinaire et inhumaine, ils foncèrent l'un après l'autre sus aux assaillants. Riveros s'arrêta près des voitures, mais Raziel, faisant fi des balles qui le traversaient alors qu'il aurait du s'écrouler, sauta parmi les latinos et commença à les déchiqueter à mains nues.

Ni une, ni deux, les autres profitèrent de la diversion pour s'emparer des véhicules et fuirent le complexe désormais tombé entre des mains hostiles. Ramassant un Raziel exsangue au passage, ils filèrent vers l'un des repères de sécurité de Riveros, qu'elle s'était réservée pour les coups durs. En traversant le métroplexe, ils s'aperçurent que l'ambiance avait bien changé depuis leur atterrissage : des régiments de policiers d'élite, portant la marque d'Interpol, étaient épaulés par des hommes d'Aztechnology pour sécuriser la ville. Ils commençaient à fouiller les bâtiments... La chasse aux sorcières semblait lancée, ici aussi...

Arrivés au calme un peu en dehors du plexe, ils reçurent ce qu'ils purent de soins médicaux. Les dernières 24h avaient été particulièrement mouvementées, mais la patronne avait encore besoin d'eux. Il leur restait une toute dernière chance... Une mission toute simple, mais dangereuse. C'était cependant leur billet de sortie pour éviter de devoir fuir éternellement... ou de mourir en tentant de s'échapper.

Riveros leur demanda de s'enfoncer dans la jungle Amazonienne. Au coeur de la forêt, guidés par une boussole très spéciale, ils trouveraient un cercle d'arbres : des gameleira torcida. Une fois le cercle découvert, il leur faudrait détruire le troisième arbre vers l'Est, en comptant à partir de l'arbre le plus au Nord, et ramener une jeune pousse de l'un de ces arbres. Avec cette pousse, Riveros pourrait négocier la recette du tempo auprès de personnes puissantes et tenter de sortir tout le monde en vie...

Profitant de leurs derniers moments de calme, les runners rassemblèrent leur matériel. Ils devaient prévoir un voyage de plusieurs semaines, dont un morceau se passerait en immersion totale dans l'immensité verte du poumon de la Terre.

Caracas

Nos runners fuirent vers Caracas. Aidés par Riveros, ils prirent l'avion avec elle pour fuir Los Angeles et les remouds qu'ils y avaient provoqués dans les Ombres. Ils savaient que leurs têtes étaient désormais mises à prix. Interpol diffusait ses avis de recherche sur à peu près toutes les chaînes d'information du monde entier. Les terroristes étaient recherchés et toute personne pouvant leur fournir des informations utiles serait grassement payée.

Néanmoins, Riveros avait désormais besoin d'eux. En cours de vol, elle leur proposa  un contrat encore plus alléchant que celui qu'ils avaient conclu avec Henry Uribe : 1000¥ la journée, plus les bonus afférant aux "affaires spéciales". Ils ne purent refuser...

Arrivés à Caracas, le petit groupe s'aperçut que Riveros était une personnalité importante de ce métroplexe latino. Son service de sécurité privé était à la pointe et sa propriété parmi celle des plus riches habitants du coin. Le repos fut cependant de courte durée.

Nos amis durent surveiller 3 personnes du réseau de Riveros. En effet, depuis l'échec du Conseil Fantôme de Los Angeles, elle avait peur que Salazar, le jefe du cartel, ne doute de sa fidélité. Quelqu'un avait du renseigner les Azzies pour qu'ils attaquent cette réunion alors qu'elle avait été préparée dans le plus grand secret.

Les runners devaient s'assurer de l'entière fidélité à leur employeuse de ces trois cibles. Si la moindre traîtrise était soupçonnée, ils devaient "faire ce qu'il fallait". Déterminés à toucher leurs primes, les runners se mirent rapidement au travail.

  • Ricardo Calvo-Jurado : fonctionnaire à la capitainerie du port de Caracas, Ricardo se chargeait en général de faire passer sous silence les cargaisons "spéciales" de KondOrchid, la mégacorporation AA de Jaime Salazar. Les runners s'aperçurent rapidement que sa loyauté première était restée entièrement dévouée à Uribe et Salazar, et qu'il ne portait pas Riveros dans son coeur. Profitant de l'un de ses points faibles (une forte attirance pour une très jeune fille), ils le réduisirent à tout jamais au silence.
  • Rayo : ce razor-guy, chef de l'Alianza, l'un des gangs les plus important de Caracas, était payé par le cartel pour surveiller les entrepôts du port dans lesquels est stocké le tempo. Découvrant qu'il tapait dans le stock pour sa consommation personnelle, les runners décidèrent de colmater définitivement la fuite.
  • Maria Lianos : tantôt fixer au carnet d'adresses bien rempli, tantôt fournisseur des bordels de Riveros en poupées de chair, Maria était la plus discrète des trois cibles. Les recherches à son encontre durèrent un certain temps...
Lorsqu'ils décidèrent d'aller jeter un œil sur les données personnelles de Maria et sur l'endroit où elle vivait, Alpha et Sam firent une découverte quelque peu inquiétante. Se promenant dans les ruelles des favelas, ils remarquèrent une petite troupe d'hommes armés et probablement bien entraînés. Le plus interpellant en était le chef... Ils l'avaient déjà vu ailleurs, vêtu de cette même peau de jaguar...

Ainsi, les Azzies étaient eux aussi à Caracas... Mais pour y faire quoi ?