Et les choses s'emballent...

Règler le cas de Maria Lianos ne fut pas très compliqué. Après s'être assuré que rien de flagrant ne venait mettre en doute sa loyauté, Riveros proposa aux runners de l'engager comme fixer pour mettre un contrat sur sa propre tête. Sa réaction devrait prouver sa véritable allégeance.

Obtenir un rendez-vous fut un jeu d'enfant pour les mercenaires aguerris qu'ils étaient. S'y rendre et jouer au Johnson également. Ils avaient eu nombre d'exemples dans leur longue carrière et les sources d'inspiration ne leur manquaient pas. Maria accepta le contrat, tout comme ils s'y attendaient. Néanmoins, ils ne durent pas attendre longtemps avant d'obtenir les félicitations de leur patronne. La fixer avait vendu la mèche à sa cible, preuve s'il en est qu'elle n'était pas disposée à mettre sa tête en jeu.

Les runners reçurent alors un nouveau nom à rechercher : Rita Tuero, la propre cousine de Salázar, était quelque part en ville. Abonnée absente depuis quelques jours, Riveros s'en inquiétait, par peur que le jefe ne la considère comme l'auteur de ce rapt. Déjà qu'elle n'était plus dans ses petits papiers !

Ils découvrirent rapidement que la fille avait été enlevée par le gang Bolivar 49 et livrée dans un bodyshop de Tamanous dans les tours sombres de la Riconada. Prenant leur courage à deux mains, et surtout leurs flingues, ils s'en allèrent "interroger" la goule qui tenait la boutique en tant que doc des rues. Il était cependant bien trop tard, Rita ayant été laissée aux mains de son vrai ravisseur : un homme musclé et violent. Ils ne purent que ramasser ce qui restait de son cadavre pour le ramener à leur patronne.

Cette dernière fut très contrariée de ne pas récupérer en vie la cousine du chef du Cartel d'Olaya. Afin d'éviter un trop grand courroux, elle n'avait plus d'autre choix : il lui fallait jouer l'une de ses dernières cartes, la nouvelle formule du tempo. Elle envoya alors son équipe escorter le retour du corps de Rita, mais surtout son nouvel échantillon expérimental.

Partis pour Bogotá, nos amis étaient plutôt tendus. Ils allaient sciemment se jeter dans la gueule du loup. Le chef du Cartel, Salázar, avait toutes les raisons de penser que Riveros tentait de jouer cavalier seul. La réunion des cartels de Los Angeles avait été grillée par les Aztlanais, sa cousine était morte dans la ville dont Riveros était responsable... Il fallait espérer que le contenu de la valise attachée au poignet d'Alpha suffirait à calmer les ardeurs revanchardes du jefe.

Sur place, les runners sentirent bien qu'ils n'étaient pas le bienvenu. La politesse froide des domestiques de leur hôte et la longue attente avant d'obtenir la moindre entrevue étaient révélatrices de la colère du chef du cartel. La négociation allait être difficile, mais ils avaient une chance : on ne les avait pas tué immédiatement. Cela signifiait qu'on désirait au moins entendre leurs explications.

Au deuxième jour de leur présence sur place, ils reçurent enfin l'entrevue qu'ils attendaient tant. Dans le jardin principal, sur l'étang, se dressait un kiosque. En dessous, le jefe, son oncle Uribe, deux femmes et quelques gardes attendaient. Salázar, tout en nourrissant ses crocodiles, écouta les explications des runners. Mais, alors qu'il s'apprêtait à vérifier la qualité du contenu de la valise, des tirs automatiques et des explosions se firent entendre venant de la propriété. Brutalement, en moins de quelques secondes, la situation se transforma totalement. L'entretien diplomatique calme et bucolique devint une zone de guerre noyée dans la fumée et zébrée par les traits de balles traçantes.

La suite fut quelque peu chaotique. Salázar réussit à s'enfuir, grâce au sacrifice de son oncle, mais il partit en se jurant d'avoir la peau de cette traîtresse de Riveros et de ses sbires. Les runners se jetèrent dans les plantations entourant la maison. Par miracle, ils trouvèrent des jeeps d'entretien, laissées à l'abandon par les ouvriers, et purent s'enfuir avant les bombardements au napalm... Les attaquants étaient des militaires. Les uniformes des officiers portaient la marque d'Aztechnology...

En sortant de la propriété, ils s'aperçurent rapidement que toute la ville était en cours de "nettoyage". Des régiments militaires envahissaient les rues alors que les locaux sortaient leurs armes et s'organisaient autour des défenses du cartel. Tout cela ressemblait plus à une guerre qu'à une descente de flics. Heureusement, les compétences des pilotes ne déméritèrent pas. Retournant rapidement à l'avion de Riveros, ils purent s'échapper de la zone avant que les pistes ne soient définitivement rendues hors d'usage.

De retour à Caracas, ils retrouvèrent Riveros alors qu'elle visitait l'un de ses complexes de laboratoire. Alors même qu'ils entamaient leur débriefing, l'installation fut attaquée. Des explosions et des tirs automatiques se firent à nouveau entendre alors qu'ils se pensaient tous en sécurité. Ils durent se tracer dans le sang un chemin vers la sortie. Les assaillants étaient menés par un homme qu'ils avaient déjà rencontré et qu'ils craignaient : Tenoch, le guerrier Jaguar. Leur expérience leur permit cependant de prendre le dessus et de vaincre leur ennemi. Ils purent arriver jusqu'au parking souterrain, dans lequel se trouvait leur billet de sortie : les voitures blindées de Riveros.

D'autres attaquants arrivaient de l'extérieur cependant. Ceux-ci n'étaient pas des militaires, mais ressemblaient plus à des soldats du cartel. Salázar devait avoir donné ses ordres afin d'assouvir son désir de vengeance. Personne n'aurait cependant pu prédire le déchaînement de violence de Riveros... et de Raziel. Emmenés par une folie sanguinaire et inhumaine, ils foncèrent l'un après l'autre sus aux assaillants. Riveros s'arrêta près des voitures, mais Raziel, faisant fi des balles qui le traversaient alors qu'il aurait du s'écrouler, sauta parmi les latinos et commença à les déchiqueter à mains nues.

Ni une, ni deux, les autres profitèrent de la diversion pour s'emparer des véhicules et fuirent le complexe désormais tombé entre des mains hostiles. Ramassant un Raziel exsangue au passage, ils filèrent vers l'un des repères de sécurité de Riveros, qu'elle s'était réservée pour les coups durs. En traversant le métroplexe, ils s'aperçurent que l'ambiance avait bien changé depuis leur atterrissage : des régiments de policiers d'élite, portant la marque d'Interpol, étaient épaulés par des hommes d'Aztechnology pour sécuriser la ville. Ils commençaient à fouiller les bâtiments... La chasse aux sorcières semblait lancée, ici aussi...

Arrivés au calme un peu en dehors du plexe, ils reçurent ce qu'ils purent de soins médicaux. Les dernières 24h avaient été particulièrement mouvementées, mais la patronne avait encore besoin d'eux. Il leur restait une toute dernière chance... Une mission toute simple, mais dangereuse. C'était cependant leur billet de sortie pour éviter de devoir fuir éternellement... ou de mourir en tentant de s'échapper.

Riveros leur demanda de s'enfoncer dans la jungle Amazonienne. Au coeur de la forêt, guidés par une boussole très spéciale, ils trouveraient un cercle d'arbres : des gameleira torcida. Une fois le cercle découvert, il leur faudrait détruire le troisième arbre vers l'Est, en comptant à partir de l'arbre le plus au Nord, et ramener une jeune pousse de l'un de ces arbres. Avec cette pousse, Riveros pourrait négocier la recette du tempo auprès de personnes puissantes et tenter de sortir tout le monde en vie...

Profitant de leurs derniers moments de calme, les runners rassemblèrent leur matériel. Ils devaient prévoir un voyage de plusieurs semaines, dont un morceau se passerait en immersion totale dans l'immensité verte du poumon de la Terre.

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